( 22 mai, 2011 )

Nineties : « Puisqu’il fallait bien continuer… » (23ème partie)

« Les anges déchus, les comptables et le père prodigue…« 

Chapitre 21 :

Nineties :

L’amour : plus fort que tout ?… (1/12)

 

Isabelle se précipita dans les bras de Barnabé.

Il oublia quelques instants la contrariété qui était la sienne…

 dans Et mes souvenirs deviennent ce que les anciens en font.

Jamais il n’avait été à ce point  »prisonnier » de l’amour d’une femme, c’est bien ce qui l’inquiétait, lui, la séduction faite homme !

Edith Piaf, fort de ses trente-deux ans, ne faisait que confirmer son succès grâce à cette voix qui transperçait les âmes; l’essentiel de ses textes symbolisaient ce phénomène dont il se moquait il n’y a pas si longtemps : la dépendance amoureuse et charnelle !

Elle était en tournée aux États-Unis où elle triomphait avec les compagnons de la chanson.

Barnabé avait entendu une de ces dernières chansons sur la T.S.F. d’un petit bistrot parisien où d’habitude il prenait son petit-déjeuner, avant de se rendre à la faculté de médecine.

Il n’avait jamais fait attention aux paroles qui prirent, en cet instant précis, toute leurs significations…

 dans Saga familiale

http://www.youtube.com/watch?v=5EdBLTCdTJU

Le quinquagénaire était embarrassé, il regardait aux alentours, le temps de l’étreinte des deux tourtereaux.

C’est le privilège de ceux qui s’aiment que d’ignorer le monde qui les entourent dès qu’ils se touchent… D’ignorer le temps, surtout.

Notre quinquagénaire, un homme à l’apparence assez simple auréolé d’un béret basque, regardait sa montre.

Il attendait poliment mais commençait à faire les cents pas.

Allez savoir pourquoi il se mit à penser au « Père Einstein », ce célèbre savant de soixante-huit ans, dont il avait entendu parler comme tout le monde et dont il ne comprenait même pas le titre des ouvrages de ceux qui en parlaient ?

Mais si, ça lui revenait, maintenant !

C’étaient les premiers de sa classe qui l’avaient méchamment surnommé « Einstein » parcequ’il avait beaucoup de difficultés à assimiler les cours. Et pourtant, ce n’était pas manque d’avoir essayé et essayé encore…

Pour sûr, ce n’était qu’un « manuel », rien à voir avec ce monde-là.

Mais des plombiers, ce qu’était son père, il en faut, non ? Et puis des manuels aussi : l’prolo, mêm’ s’il a les mains dans l’cambouis et qu’il est sur l’bas du pavé, c’est quand même pas un pestiféré,  »bou Diou » !!!

L’école : c’est bien là que commencèrent les premières humiliations…

C’était-y d’sa faute si y comprenait qu’dalle, dans c’te classe avec c’t'odeur d’encaustique qui lui r’filait la déripette ?!?

C’est bien pour ça qu’il avait horreur des parquets.

A la maison y’en avait partout et fallait prendre les patins si on voulait pas s’pendre une tarte heu’ d’la mère dans la tronche ! 

La classe était déjà divisée en deux; il y avait ceux qui avaient la mémoire de tout, particulièrement de ce qui ne leur servira jamais; « qui seront pharmacien parceque Papa ne l’était pas »,

comme l’écrira Jacques Brel (qui n’avait que 18 ans) bien plus tard…

http://www.youtube.com/watch?v=v6rLLE48RL0

Et puis il y avait l’autre groupe : ceux dont l’orientation était déjà toute tracée, destinée à pérenniser la dynastie de leurs ancêtres ouvriers et paysans. Un sillon fait de labeurs et de privations.

Il eut la mauvaise idée de fêter ses 21 ans en 1914, ce qui lui valut d’aller faire une longue promenade, en première ligne, aux frais de l’Etat avec fusil et sac à dos,

face à des soldats allemands aussi terrorisés que lui…

Et d’en revenir salement amoché, victime d’un obus.

Enfin, une fois soigné, il n’aurait plus à revenir pour participer à cette boucherie qui devait le hanter tout le restant de sa vie. De plus, il faisait désormais partie du club des héros.

Il avait appris que « le premier de sa classe », son camarade qui lui avait pourri sa vie d’écolier à grand coup de mépris, était mort lors des premiers assauts.

C’était ben la peine de faire heu’l'prétentieux et d’men faire baver des ronds d’chapeaux, tiens !!!

 

 

Mêm’ là il a fallu qu’il arriv’ premier c’con-là…

Plus personne ne l’appellerait « Einstein » !

La semaine d’avant, il avait écouté avec attention une émission qui lui était consacrée. « E=mc2″, ça ne lui parlait pas; mais lorsqu’il sut que c’était la chute d’un couvreur, observée depuis la fenêtre de son bureau, qui lui inspira les recherches aboutissant à cet équation, il en fut stupéfait !

Effectivement, le speaker expliqua qu’à l’inverse de n’importe quel citoyen lambda, il ne fut pas horrifié par le spectacle dramatique, mais se posa une question :

« Pendant sa chute, quelle a été sa perception du temps par rapport à la mienne, simple observateur ?… »

Et toc : « la loi de la relativité » venait de naître !

 

Ben finalement, l’pékin qui s’est viandé : l’a servi la science !!! P’t'êt mêm’ qu’il a sauvé l’monde…

http://www.youtube.com/watch?v=clXV8Lb2XLU

Tiens, si je regarde ces deux-là : je suis sûr que l’temps leur paraît court, alors que bibi y s’fait chier… finalement, c’est pas si compliqué la r’lativité : suffit d’mexpliquer, c’est tout !

Voilà comment, sur le quai d’une gare en décembre 1947, ce brave homme pris conscience qu’il n’était peut-être pas si con que ça…

 

A suivre…

 

14 Commentaires à “ Nineties : « Puisqu’il fallait bien continuer… » (23ème partie) ” »

  1. Tu nous tiens vraiment en haleine,ta narration,ce pouvoir de pénétrer les pensées,de mettre en évidence ces réflexions innocentes au premier abord,est fascinant,
    vivement la suite,
    salut à toi ou bonne nuit,le nuiteux que je suis,certes en repos,attendra un peu!!.

    Dernière publication sur Chasseur d'Images Spirituelles : Vivre,alors

  2. Alors là, Maître Loïc,

    8-) Cet éloge est l’apothéose de la félicité !!! :P

    L’histoire de ce quinquagénaire qui, en 1947, a le même âge que j’ai aujourd’hui (54 berges bientôt :( ), c’est un peu mon parcours…

    A cette différence près que je n’ai pas fait la guerre 14/18 :P !
    J’ai tout de meme été gravement blessé pendant mon service militaire (en 1980) à l’autre bout du monde, mais cela, je le raconterai plus tard dans mes épisodes.

    Je me rends de plus en plus compte que dans chaque être humain, aussi insignifiant puisse-t-il paraître, il y a une parcelle de génie, et quand ce n’est pas le cas, les génies s’en emparent…

    Amitiés,

    Jean-Jacques.

  3. FANETTE dit :

    Coucou Jean-Jacques
    Et bien voilà comment on peut s’intéresser à une histoire tiens donc : juste en se référant aux liens musicaux génial cette idée
    Mais oui tu vois je crois que les uns ne peuvent faire sans les autres. Et comme le dit l’adage on a toujours besoin de plus petit que soi
    Merci pour ces bouts de musique, il n’y en a qu’une que je ne connaissais pas c’est celle d’Edith Piaf que je trouve superbement belle sur cette photo
    bonne fin d’après midi à toi
    bisous amicaux (oui je suis bien obligées de préciser)

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  4. « Re »-bonjour FANETTE,

    Tu as parfaitement raison : qu’on soit petit ou grand, on a toujours besoin de l’autre !

    C’est à l’armée que j’en ai pris réellement conscience dès 1979 [contigent 79/08], en faisant le service militaire.
    Nous étions venus des quatre coins de France et de Navarre avec nos conditions, notre patrimoine émotionnel et notre passé.

    Je n’étais pas « manuel », certains n’étaient pas littéraires…
    La plus grande fierté d’un camarade « manuel » fut de m’avoir évité « le trou » en m’aidant à remonter toutes les pièces du fusil dont j’avais la charge.
    La mienne fut d’avoir écrit en son nom une lettre romantique où il déclarait sa flamme à cette fille qu’il aimait depuis toujours !
    Ils se marièrent et eurent des enfants, puis, Ô joie ! des petits enfants !!!
    J’aime à penser que j’ai contribué à leur bonheur en quelques phrases, que mon camarade avait en lui, mais qu’il n’avait pas le talent d’exprimer… En quelque sorte, j’étais son Cyrano, à la différence près que je n’étais pas amoureux de son aimée. :P

    :D Qu’est-ce c’est beau, un rapport humain, quand ce n’est pas « vérolé » par les malfaisants !!! :P

    On s’en fout d’eux : notre Peuple vaincra… ;)

    Bisous fraternels :) ,

    Jean-Jacques.

  5. jcn54 dit :

    Bonjour Jiji
    Chaque fois, après avoir lu la rubrique de tes souvenirs, je reste pantois d’admiration…
    Comme j’aimerais posséder, ne reste que le dixième de ton excellence à maîtriser la plume !
    Merci Jiji pour ces purs moments de délectation que tu sèmes à tout vent sur la blogosphère, pour notre plus grand bonheur.
    Amicalement.
    Jean Claude

    Dernière publication sur Jean Claude's news : Un ange parmi les anges

  6. FANETTE dit :

    Coucou Jean-Jacques
    un petit passage pour te souhaiter le bonjour et dire que la môme est arrivée chez moi inspirée par les beaux yeux bleus d’une personne qui me manque
    bonne journée
    bisous

    Dernière publication sur FANETTE : lll

  7. Salut JC,

    Merci pour ces compliments !!!

    En fait, c’est notre amie Hélène qui m’a encouragé à écrire sur mes souvenirs et ce que je sais ou devine de mes ancêtres.

    Dans la vie « réelle », on prétend que je suis bavard; je pense plutôt que j’ai beaucoup de choses à raconter, ce que la blogosphère me permet d’exprimer.
    Je suis content que ça intéresse du monde, car j’ai de plus en plus de plaisir à taper sur le clavier ce qui était enfermé au fond d’une cave ou d’un grenier, et qui prend une seconde vie (souvent romançée) sur le net…

    Amitiés,

    Jean-Jacques.

  8. Bonjour FANETTE,

    C’est bien tout ça !

    Bonne journée à toi aussi. :P

    Bisou amical,

    Jean-Jacques.

  9. 54 bientôt,10 de plus que moi,ah comment tu vas le vieux !!!,comme on dit,serait-on de la même classe,la valeureuse classe 7 !!,
    salut à toi et à bientôt.

    Dernière publication sur Chasseur d'Images Spirituelles : Vivre,alors

  10. Salut Loïc,

    Et oui, la classe « 7″… ;)

    Un ami spécialiste en vin m’avait offert une bouteille de 1957 (qu’il avait dans sa collection !) lors d’un anniversaire, mais m’avais précisé que cette année là n’était pas terrible… :(

    Tout le monde n’a pas eu la chance de naître en 1947 !!! J’ai eu la chance de goûter ce nectar en 1977 (toujours le chiffre 7 ;) ) et je tutoyais les anges, fort de mes (presque) vingt ans !!!

    Quand je pense à ce que coûte une telle bouteille aujourd’hui… :(

    Bonne journée à toi !

    Jean-Jacques.

  11. annie dit :

    coucou j-j

    comment vas tu? moi bien mais le temps malheureusement n’y est pas.. j’avais un problème d’accès sur le blog et c’est pour cela que tu me voyait peu. maintenant résolu et je suis contente de te parler. toujours aussi chouette ton blog..

    gros bisoux

    annie

  12. Bonjou Annie,

    Je suis content de te revoir : je me doutais qu’il y avait un problème de connection… Le net, c’est pas si évident que ça, il y a toujours un truc qui cloche !
    Merci pour tes gentilles paroles !!!

    Bisous,

    Jean-Jacques.

  13. jcn54 dit :

    Bonjour Jiji
    Merci de tes passages et commentaires sur mon blog…
    Comme toi j’ai été attiré par cette église d’Ailhon et son superbe clocher et son histoire…
    Bonne journée à toi.
    Amicalement.
    JC

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  14. Salut JC,

    Bonne journée et surtout bon week-end à toi !!!

    Ce Week-end, je vais être très occupé et je ne sais pas si je vais avoir le temps de m’occuper de mon blog et de visiter les copains-copines…

    C’est pour mieux revenir dès mardi !!!

    Amitiés,

    Jean-Jacques.

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