( 13 avril, 2011 )

Nineties : « Puisqu’il fallait bien continuer… » (19ème partie)

« Les anges déchus, les comptables et le père prodigue…« 

Chapitre 17 :

Nineties :  dans Et mes souvenirs deviennent ce que les anciens en font.

 

L’Oncle Tom, la mauvaise conscience de l’Oncle Sam (1/4)…

Mais que faisait-il donc, mon Papa, dans ce train qui l’emmenait à la gare de Caen, où il captivait cet auditoire improvisé dans la cabine où il s’était installé ?!?

Et Maman : pourquoi n’était-elle pas avec lui ?

Nous le saurons plus tard…

 dans Saga familiale

« Certes, nous leur devons de nous avoir libéré et nous ne remercierons jamais assez les américains d’avoir payé un lourd tribut, en affrontant l’armée la plus puissante du monde ! L’Oncle Sam a lutté contre la forme la plus horrible de racisme qu’on ait connu de mémoire d’homme, et je pense la plus destructrice… Mais cela ne saurai égarer mon jugement !!! »

Ainsi parlait Barnabé à ce professeur à la retraite,

sosie de Sacha Guitry (au même timbre de voix), qui l’avait convié à s’asseoir à côté de lui.

Le professeur :

« Vous m’intéressez : développez, jeune homme ! »

Barnabé :

« L’Oncle Sam réchauffe un serpent dans son sein, nommé « Ku Klux Kan »… »

Le professeur :

« Vous n’êtes pas sans savoir que cette organisation a été dissoute il y a trois ans ? »

Barnabé :

« Je sais, oui, mais pour une raison fiscale, non par désapprobation du gouvernement américain ! « 

Le professeur :

« Effectivement… Mais où voulez-vous en venir ? »

Barnabé :

« Au fait que nous avons été délivrés par une nation qui, si elle nous a rendu la liberté en chassant de notre territoire les apôtres du racisme et de la xénophobie, est loin d’en avoir fait autant sur son propre sol !!! »

Le professeur :

« Hum-hum… Vous voulez parler de la « discrimination » ? »

Barnabé :

« Précisément… Les nazis ont obligé les juifs à porter une étoile jaune avant de les parquer comme du bétail dans ces « trains de la honte »…

Les américains n’autorisent pas les noirs à utiliser les mêmes pissotières qu’eux : quelle est la différence avec l’idéologie fasciste, quand on sait que les lynchages de mes frères de couleur sont légion et restent impunis… Les hommes de race blanche se sentent tellement protégés par une impunité ni n’ose dire son nom, qu’ils s’exhibent sur des cartes postales après leurs forfaits, fiers de leurs exactions !!! »

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« Strang fruit », chanson interprétée par Bille Holiday, éveillera certaines consciences, mais il faudra encore attendre pour espérer changer les mentalités…

http://www.youtube.com/watch?v=eKIgLLmzxZA&feature=fvwrel

Le professeur :

« Ceci est bien regrettable et votre indignation est tout à fait fondée, mais je vous trouve bien sévère avec cette nation qui, ne l’oublions pas, est très jeune par rapport à notre vielle Europe, qui ne fut pas toujours un exemple de vertu en la matière… N’oubliez pas que les américains se sont fait une guerre dite de « sécession », ce qui prouve que la moitié d’entre-eux a su se remettre en question concernant l’esclavage et la condition humaine ! »

Barnabé :

« Oui, on peut leur reconnaître ça, et je pense qu’ils irons plus loin encore… Mais combien de victimes innocentes avant d’abolir cette discrimination institutionnelle ?!? »

Le professeur :

« Je comprends votre impatience, mais j’ai bien peur qu’il ne vous faille attendre longtemps encore, et pleurer beaucoup de vos frères d’infortune…

Mais il me vient une question qui me brûle les lèvres :

que pensez-vous du statut des indiens d’Amérique ? »

Barnabé :

« Je ne peux que vous remercier de me poser cette question, car elle va pouvoir me permettre d’exprimer ma révolte concernant ce que des colons ont infligé à ce peuple qui était chez-lui et ne demandait rien, sinon de pouvoir vivre en ses terres, dans le respect de ses coutumes et traditions, à l’écart des nôtres, je veux dire en cela celle des européens…

Ils sont venus fouler leur sol, dont celui de mon île en 1502, et dictèrent leurs lois, au mépris des populations déjà existantes, jusqu’à les exterminer !!! »

Le professeur :

« Je constate, et c’est tout à votre honneur, que vous n’avez pas utilisé le terme « génocide », comme certains…

Dans un de ses écrits, Bernardin de Saint Pierre, écrivain notoire proche de Jean-Jacques Rousseau, avait défini ce qui se passait comme tel :

« On a dépeuplé l’Amérique afin d’avoir une terre pour planter, on a dépeuplé l’Afrique afin d’avoir une nation pour les cultiver »… »

Barnabé :

« Si cet homme était encore vivant, j’aurais eu plaisir à lui serrer la main !!!

Car tout découle de là… »

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Le professeur :

« Savez-vous, mon ami, d’où viens le terme « négritude ? »

Barnabé :

« J’ai entendu ce terme de la bouche même d’Aimé Césaire, un jeune littéraire antillais de renom qui s’est engagé en politique et maire de Fort-de-France… »

Le professeur :

« Aimé Césaire ? J’ai effectivement entendu parler de cet homme qui, je pense, sera une référence pour tout homme de couleur opprimé dans ce vingtième siècle…

Mais s’il s’est approprié le terme  »négritude », il n’en n’est pas l’inventeur.

Il faut remonter au XVème siècle,  lorsqu’un gigantesque trafic vit le jour entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique… En 1444, l’île de Gorée fut découverte par Dinis Diaz, un capitaine portugais, au large de Dakar.

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C’est là que naquit « la maison des esclaves » que l’on appelait « nègres », hommes femmes et enfants, troqués contre des produits européens souvent insignifiants ! Et par qui ?!? »

Barnabé :

« Ho, je ne le sais que trop… Par des africains !!! »

Le professeur :

« Ainsi, nous sommes donc d’accord pour considérer que les premiers négriers furent les africains eux-mêmes… »

Barnabé :

« Je ne saurais contester la chose ! Mais pour revenir à la « négritude » ?… »

Le professeur :

« J’y viens… Je ne saurais vous dire qui a utilisé ce qualificatif le premier, mais il définissait dès le XVème siècle la manière de penser et le désespoir soumis des gens séparés de leur famille. »

Il y aura toujours chez les descendants de ces « déracinés », comme une plainte qui se traduit même aujourd’hui dans leur façon d’être, de penser, de chanter une berceuse dont la nostalie est de toute beauté, mais si triste… »

http://www.youtube.com/watch?v=wTOXdqrFkto&feature=fvst

Barnabé :

« Peut-être est-ce pour cela qu’il ont rouvé refuge dans la religion que leur proposaient les « maîtres blancs » ? »

Le professeur :

« Comme vous y allez !!! Les missionaires ne se sont jamais considérés comme des « maîtres », mais comme des messagers au service de leur foi et d’une religion qu’ils pensaient meilleure que toutes les autres… »

Barnabé :

« …Exigeant de leur « nouvelles recrues » l’abandon des coutumes qui faisaient leur identité et leur personnalité profonde ! »

Le professeur :

« Les coutumes ? Mon dieu, si vous saviez, mon jeune ami… Avez-Vous entendu parler de « l’excision » et d’autres horreurs  qui se pratiquent au nom de « traditions » ancestrales, au sein de certaines ethnies ?!? »

Barnabé :

« Hélas, oui… Et vous marquez un point de plus ! »

Le professeur :

« Ce n’était pas mon intention…

Il faut reconnaître cependant que les chrétiens, en convertissant les esclaves, étaient loin de se se douter que la messe, revue et corrigée par ces nouveaux adeptes, se verrait attribuée de nouvelles lettres de noblesse en modernisant les cantiques, jusqu’à créer ce que l’on appelle le « negro spiritual » et qui donnera le « gospel » !!! »

http://www.youtube.com/watch?v=CNQXQKflJNA

Juste pour le plaisir, cette interprétation de summertime par Miles Davis.

http://www.youtube.com/watch?v=N090STPx-2M

 

A suivre…

8 Commentaires à “ Nineties : « Puisqu’il fallait bien continuer… » (19ème partie) ” »

  1. Tes images chocs nous plongent en une profonde réflexion,puisse le temps s’accélérer et ne plus voir ces injustices,tout ça pour cette folle cupidité de quelques puissantes familles d’affaires,qui ont su si bien subordonner la majorité blanche à leur folie,ils ont utilisé le prétexte de la seule pigmentation de la peau,la différence raciale,mais heureusement,comme le disait Ray Charles: »on peut tout repprocher à mon pays,il reste la nation de la liberté ».

    Dernière publication sur Chasseur d'Images Spirituelles : La vie est bien triste à ce jour

  2. Salut Loïc,

    Ray Charles, un grand personnage comme seuls savent en faire les américains !
    Petit, j’idéalisais les USA avant de me rendre compte que son histoire était beaucoup plus complexe et subtile que ce que Hollywood voulait bien nous en montrer…
    Malgré ce que j’écris dans cet épisode (qui se passe en 1947, rappelons-le), je reste profondément attaché à cette grande nation et ne suis pas en phase avec Aimé Césaire, dont l’anti-américanisme viscéral a fait beaucoup de tort à la Martinique…Pas plus que je ne le suis avec certains békés !

    Mais ça, j’aurai l’occasion d’en reparler…

    Amitiés,

    Jean-Jacques.

  3. CILOU dit :

    VOilà, tu as réussi à sortir le texte tant attendu par tes fans…youpi tralalalalère…alors, le sujet est tout sauf drôle mais étant donnée la période, c’était évident! Une belle manière de raconter les choses, comme toujours..merci Monsieur JIJI!!!!
    CIlou

    Dernière publication sur Plius : Le moment

  4. canelle49 dit :

    Bonjour JJ,

    Le racisme est bien l’infirmité la plus répugnante parmi les diverses laideurs de l’humanité.(Claire Martin) romancière québécoise. Ton texte, comme toujours, est si bien écrit et tellement d’actualité en ce moment, quand j’entends certains propos et que je vois les partis politiques extrémistes avoir de plus en plus d’adeptes, je me dis que les leçons du passé ne servent à rien, mon Dieu, si on pouvait arriver à faire comprendre au monde qu’un homme est un être humain avant tout et qu’il n’a pas plus d ‘importance blanc, noir, jaune, rouge, metisse, chrétiens, juifs, musulmans, tous sont des hommes avec un coeur et le sang rouge quand il coule………..

    Se battre chaque jour avec les mots, fait que si un seul raciste ne l’est plus, c’est déjà une victoire, contrer les politiciens racistes ne serait-ce que pour une seule voix en moins, est une victoire, si beaucoup font cela, nous gagnerons la guerre de l’amour contre la haine.

    Merci JJ pour ce texte historique et personnel, toujours ce merveilleux mélange que j’aime.

    Bisous, Helene

    Dernière publication sur air du temps : Un cri d'amour !

  5. jcn54 dit :

    Un superbe texte Jiji qui nous raconte bien l’esclavagisme et le racisme qui hélas perdurent encore malgré tout à notre époque!
    Et bien sûr par le même tu racontes toujours tes souvenirs…
    Bonne journée Jiji.
    Amicalement.
    JC

    Dernière publication sur Jean Claude's news : Un ange parmi les anges

  6. Bonjour cilou,

    Je continue ma route dans cette saga familiale dont la deuxième partie va être publiée demain au plus tard…

    J’ai comme l’impression que ça ne va pas plaire à tout le monde, particulièrement aux antillais et africains qui seront de passage, mais que veux-tu : je n’ai qu’une seule règle et c’est l’équité intellectuelle !

    Je n’en dis pas plus, sinon je vais te dévoiler ma 20ème partie : ce serais dommage !!!

    Merci pour tes compliments, j’y suis très sensible…

    Bisous,

    Jean-Jacques.

  7. Bonjour Hélène,

    Mes parents ont essayé de gagner cette guerre contre la haine et dans un sens, ils ont réussi…

    Car le divorce qui suivra en 1962 ne sera pas la conséquence d’une appartenance à une pigmentation différente, mais à deux personnalités qui n’ont jamais voulu s’effacer au détriment de l’autre !
    Heu… On évitera de parler de l’adultère de mon « Don Juan de concepteur accidentel », qui aura beaucoup pesé dans la balance.

    Quoiqu’il en soit, leur échec est celui d’un couple comme les autres, non de la résultante d’un mariage « mixte » (quelle connerie ce terme, quand on pense que la mixité, c’est la rencontre d’éléments masculins avec des éléments féminins !!!)…

    Le fait de pouvoir se séparer d’un être qu’on a tant aimé sans avoir eu, ne serait-ce qu’un millième de seconde, l’idée de lui reprocher son appartenance à une autre ethnie, une autre couleur, c’est déjà donner une leçon au reste du monde !!!

    Le racisme se nourrit de l’adversité, mais une adversité sans racisme : n’est-ce pas la définition de la démocratie au service de l’humain ?!?

    Mes parents, eux, ont tracé la route, et je suis fier des deux pour ce qu’ils ont fait, même si…

    On verra plus tard !

    Bisous,

    Jean-Jacques.

  8. Salut JC,

    Merci pour ton post…

    Le racisme : vaste programme, et pas si simple que ça, car il est sournois !

    Ce sera le deuxième volet que j’aborderai demain.

    Amitiés,

    Jean-Jacques,

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