( 9 février, 2011 )

Nineties : « puisqu’il fallait bien continuer… » (3ème partie)

« Les anges déchus, les comptables et le père prodigue…« 

Chapitre 1 :

Nineties :

Il y a des jours comme ça où les choses et les gens vous paraissent bien futiles…

Des jours où l’on n’a plus le goût à rien.

Des jours où l’on se dit que le temps continuera sans vous, sans aucune compassion.

Des jours où l’on prends conscience qu’on est si peu de choses, à l’échelle de l’univers.

Des jours où l’on n’est plus personne, sauf un vague numéro sur un formulaire de sécu : un matricule, en somme…

Des jours où il faudra chercher le chiffre, estampillé sur un formulaire sans âme, le seul repère pour pouvoir enfin pleurer au seuil de la dernière demeure de nos chers disparus !

http://www.youtube.com/watch?v=AB4m885sTeE&feature=related

 dans Et mes souvenirs deviennent ce que les anciens en font.

J’étais dans cette église où je fus surpris de la présence de beaucoup de collègues, et de ma surveillante qui avait quitté son regard sévère, pour laisser apparaître ce qu’il y avait de plus doux en elle.

A ma droite, il y avait ma soeur Odile, née en 1951, la seule qui restait après le suicide de Salomé en 1976, et qui m’avait laissé sa chambre en 1969, lorsqu’elle fut admise à l’université, à 150 kilomètres du foyer monoparental.

A ma gauche, il y avait une femme…

Celle dont je n’ai jamais parlé jusqu’à présent : une soeur avec laquelle nous n’avions jamais vécu, puisqu’élévée par mes grand-parents maternels.

Elle était notre aînée, ayant vu le jour en 1949 : Gwladys !

Je n’avais que de vagues souvenirs de nos premiers contacts, j’avais cru dans un premier temps que c’était ma tante, avant que Maman ne me dise qu’elle était ma soeur.

C’est à cette occasion qu’elle m’expliqua son histoire, indissociable de la sienne et de celle de mon père.

Lorsque le cercueil de Maman entra dans l’église, je me remémorai le vecu de mes parents, grand-parents et l’histoire de leur première petite fille…

 dans Saga familiale

http://www.youtube.com/watch?v=kdtoIUqZuC8

Mes parents s’étaient rencontrés à la faculté de médecine de Paris alors qu’ils étaient étudiants, mon père venant des antilles, Maman de sa Normandie.

Ce fut tout de suite le coup de foudre, cette chose irrationnelle que les scientifiques n’ont pas encore réussi à enfermer dans leurs pipettes…

1948 fut l’année du mariage et de l’abandon de la quasi unanimité de la famille, du côté de Maman.

Il est rare que, dans les antilles, on puisse confondre un autochtone avec un suédois ou un norvégien : y’en a que ça gênait, sans doute !!!

L’amour est plus fort que tout, certes, mais il faut se méfier des périphériques…

Nougaro, dans une de ses chansons, décrivait un monde sans pitié : « certains requins m’ont dit : on va pas te manger, mais travaille ton crowl, ce sera plus prudent !!! »

http://www.youtube.com/watch?v=A45pkKG_fXk

« On t’attentait fiston ? »

Apparemment pas celui-là !

C’est grâce à cela que je n’ai jamais connu de cousins ou cousines de cette partie de la famille, pour une histoire de couleur de peau…

Gwladys naquit en 1949, c’était un beau bébé couleur café, couleur de l’amour, si bien décrite par Mister Serge :

http://www.youtube.com/watch?v=9RDahNm5ASA

Mais le jeune couple vivait dans une mansarde : trop froide l’hiver, trop chaude l’été.

La petite fut donc confiée aux grands parents maternels, comme cela se faisait beaucoup à l’époque.

Maman était fille unique mais n’en fut pas plus heureuse pour autant, élevée par un père qui n’avait pas la fibre paternelle, trop ancré dans le drame qu’il avait vécu en 1908, alors qu’il avait encore sept ans : la perte de sa propre Maman, « Ludivine » pourtant très jeune…

« De quoi est-elle morte, en fait ? » avais-je demandé à Maman…

Elle :

« On a dit que c’était d’une fièvre puerpérale… »

Moi :

« Et c’est quoi cette fièvre pé… Pué… Enfin machin, quoi ?!? »

Maman :

« C’était une façon « éléguante » de ne pas dire qu’elle s’était faite avorter, particulièrement à une époque où c’était illégal… »

Moi :

« Un avortement ?!?

Pépère (c’est comme ça qu’on appelait mon grang-père) aurait donc pu avoir un frère ou une soeur, alors ?!? »

Maman :

« Techniquement, oui… Mais le couple ne s’entendait plus du tout, et Ludivine était de plus en plus indépendante, ce qui ne pouvait que faire plaisir à la belle famille protestante qui n’avait que peu apprécié ce mariage, car Charles, ton arrière-grand-père était catholique ! »

Moi :

« Ha, le délire : y’avais une guerre de religion chez les ancètres ?!?

Faudra que j’écrive un bouquin là dessus, un jour !!! »

Maman :

« Si tu veux, mon fils…

Mais il te faudra faire un peu moins de fautes d’orthographe, mon petit lapin !

Et puis, cette histoire se termine mal, même si la vie de ton arrière grand-mère Ludivine fut passionnante.

Elle avait coupé ses beaux longs cheveux roux pour rejoindre les « garçonnes », des femmes qui ne voulaient plus subir la loi des hommes… »

Moi, admiratif :

« Ho, mon dieu : ce que je donnerais pour l’avoir connu…

Que son sang coule dans mes veines est mon plus grand bonheur !!! »

http://www.youtube.com/watch?v=kqreS7KXP7k

 

A suivre…

 

6 Commentaires à “ Nineties : « puisqu’il fallait bien continuer… » (3ème partie) ” »

  1. Cilou dit :

    Coucou,
    Une vraie saga! J’ai découvert il y a peu quelques livres de famille écrits par l’oncle de mon grand père qui était gardien de musée et écrivain!J’ai adoré les découvertes que j’ai pu y faire! Je comprends donc combien tu as pu être bouleversé toi aussi. EN attendant je me régale de te lire chaque jour!
    Bien à toi, CIlou

  2. Bonjour Cilou,

    Quel bonheur d’être apprécié à ce point…

    Merci !!!

    Je pense qu’il n’y a pas de plus belle façon de voyager dans le temps que de se plonger (ou replonger) dans le passé, au travers des documents et témoignages de tous ceux qui nous ont précédés.

    On y fait effectivement des découvertes fantastiques, même si dramatiques parfois…

    On se rend compte du courage et de la ténacité de nos ancètres, de la lâcheté de certains d’entre-eux, hélas, qui furent des êtres bien vivants, avec une âme qui survit grâce à ce mot magique :

    « souvenir » !!!

    Bisous,

    Jean-Jacques.

  3. canelle49 dit :

    Bonjour JJ,

    pourquoi ce que tu as dit à ta maman tu ne l’a pas fait, ta plume pour raconter est prenante et on a envie de lire le livre d’un trait, je ne lâche pas un livre que j’aime avant d’avoir le mot fin et là je dois me faire violence pour patienter, bon je vais le faire pas le choix.

    Tu as le don du récit, tu devrais le faire ce livre dont tu parlais à ta maman.

    Ah! autre chose ton comm chez moi est très très vrai, mais je te conseil de lire ce livre et tu verras combien les démocraties, en fait, ne sont que des oligarchies!

    L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie…

    Hervé Kempf , edition du seuil.

    Voilà si d’aventure tu es interessé.

    Bisous, Helene

    Dernière publication sur air du temps : Un cri d'amour !

  4. Que d’interdits s’imposaient nos anciens,couleur de peau,religion,que d’évolution finalement,notre humanité progresse,gardons cette évidence pour la plus grande joie de notre espérance.
    Bonne soirée Jean-Jacques.

    Dernière publication sur Chasseur d'Images Spirituelles : Avec modération

  5. Bonjour Cilou,
    [En fait, ce post était adressé à Canelle...]

    J’ai fait des écrits qui trainaient à gauche à droite, mais les critiques constantes de mes (chères :( ) frangines concernant mon orthographe de l’époque ont eu raison de ce désir que j’avais…

    Elles avaient réussi leurs examens et furent bardées de diplomes alors que moi, pauvre de moi (!), j’avais échoué même au BEPC !

    Ce sont des gens comme « Mr Balthazard » (mon Père de coeur) qui m’ont donné peu à peu confiance en moi, car ils y ont vu quelquechose qui les intéressait !

    Puis le temps a passé, je suis devenu salarié, à la force des mes poignets tandis que mes (grrrrrrrr !!! :( très chères :( ) soeurs, elles, ne foutaient rien et continuaient à vivre aux crochets de l’Etat…
    Ha ! Elles étaient belles, mes diplômées non solvables !!!
    En fait, avant d’évoquer ici mes souvenirs, il a fallu assurer le quotidien, de situations d’urgences en situations d’urgences, ce qui prend du temps… Beaucoup trop de temps !

    8-O Mais ?!?

    Je suis en train de te dévoiler la suite de mon histoire !!!

    ;) Chuuuuut…

    Bisous,

    Jean-Jacques.

  6. Bonjour Chasseur d’images,

    C’est vrai : ça fait réfléchir, particulièrement quand certains disent :

    « C’était mieux avant !!! »

    On ne garde souvent que les choses positives d’un passé qu’on embellit…

    Je sais de quoi je parles puisque je l’ai fait moi-même !

    Amitiés,

    Jean-Jacques.

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