( 4 février, 2011 )

Eitghties : du flash-back comme s’il en pleuvait… (8ème partie)

« Mr Balthazard : dernier tour de piste…« 

Eitghties : du flash-back comme s'il en pleuvait... (8ème partie) dans Chronique du temps qui passe...

http://www.youtube.com/watch?v=fRwlTMu4Hyg

Janvier 1989…

Ce n’était pas le « Fernand » de la chanson mais sa solitude et mon désespoir étaient similaires, même s’il y avait sa famille, quelques amis et proches dont j’étais…

Non : il s’appelait « Dr Balthazard »; c’était le collègue de Maman, un véritable ami… Mon presque Père : celui du coeur, et on me l’avait tué !!!

Ho ! Il n’avait pas été victime d’un homicide au sens « juridique » du terme, mais son suicide tombait à pic pour renflouer les caisses de son « amante religieuse », sa troisième femme qui s’était fait faire deux enfants de lui, comme d’autres font des placements, spéculant avec leurs doigts crochus, peaufinant un avenir fructueux…

Je n’avais rien pu faire pour lui, toujours amoureux de cette créature dont il avait divorcé quelques temps avant, mais dont il était toujours fortement amoureux, malgré qu’elle l’ait trompé d’une manière éhontée.

Ce n’était pourtant pas faute de l’avoir pris en charge, jours après jours, week-ends après week-ends, sauf ceux pendant lesquels je travaillais…

Il avait toute mon admiration, toute mon affection.

 dans Et mes souvenirs deviennent ce que les anciens en font.

Aussi lui en ai-je beaucoup voulu, lors qu’il a sauté de ce pont un dimanche maudit de janvier 1989, alors que j’assurais mon travail au Centre des Moines !!!

Pendant ce temps, le téléphone de sa maison sonnait : c’était moi qui essayait de le joindre depuis la cabine téléphonique du sous-sol, pendant ma pause. Le fait qu’il ne réponde pas ne présageait rien de bon, et pour cause…

Cette chanson de Gilbert Bécaud me revenait en mémoire, elle collait parfaitement à mon état d’esprit, à cette différence près que mon ami était mon ainé de plus de trente ans…

 dans Saga familiale

http://www.youtube.com/watch?v=qk-GfbACo-8

La chapelle était pleine, mais où étaient-ils ces gens-là, lorsque la dépression vint le faucher et qu’il avait besoin de présence, victime d’un passé qui l’avait soudainement rattrapé ?!?

La retraite, il savait bien qu’elle allait arriver un jour, mais ce qui l’inquiétait le plus, c’était de veillir et se voir diminué, lui : cet être si actif et enjoué !

Mourir : sa solution… Etait-ce la solution ?

Il avait donné une lettre à son ex-femme, où il expliquait exactement ce qu’il allait faire, à n’ouvrir que quand elle serait arrivée chez elle avec les enfants, dans le Sud-Ouest… Ce sombre dimanche !!!

Elle voulu me faire croire qu’elle avait respecté sa volonté, pour une fois, elle qui était si curieuse et sournoise.

Mais cela ne concerne que sa conscience : je n’en dirai pas plus…

 

« Ha, il peut sourire : il n’a plus de problème, lui, maintenant !!! »

Ainsi parlait son fils aîné, né du premier mariage, degardant son père sur son lit de mort.

Il avait été placé à l’institut médico-légal après avoir été retrouvé noyé… Ils lui avaient reconstitué un visage  effectivement souriant, avant de le restituer à la famille. Une de ses amies avait téléphoné dans mon service pour m’apprendre l’horrible nouvelle, le lundi en fin de matinée.

Ma surveillante, me voyant au téléphone, fronça les yeux dans un premier temps, puis son visage si sévère se fit tendre et compréhensif, quand elle vit les larmes qui coulaient sur mon visage, le téléphone encore dans ma main qui bipait…

J’essayai de lui dire qu’on avait retrouvé le corps de Mr Balthazard dans le fleuve, un ou deux kilomètres en aval du pont où son sac, sa veste et deux ou trois effets personnels avaient été bien rangés sur cette rampe qu’il avait ensuite enjambée !

Mais aucun son ne sortait de ma gorge qui était trop nouée, ma poitrine trop oppressée…

« Venez dans mon bureau, Jean-Jacques. »

Elle était là à me regarder craquer, me tendant kleenex sur kleenex.

J’avais toujours cru que son coeur était de marbre.

Ho, je savais bien qu’elle m’apréciait, et quelle ne fut pas ma fierté lorsque j’appris de la nouvelle surveillante générale, lors d’un entretien, que « Mme Florentino » [appelons-là comme-ça ] était à l’origine de ma mutation dans son service, alors qu’il était prévu que je soit affecté en maison de retraite (service plus « pépère »), suite à la libération du CDI en 1987 !!!

En fait, elle m’avait repéré depuis longtemps et considérait que je serais un « bon soldat » au sein de son équipe, que quelques filles fuyaient à cause de son sale caractère…

« Mon Dieu, Jésus-Marie-Joseph et tous les Saints du Paradis » : vallait mieux éviter de la croiser quand elle était de mauvaise humeur, ou alors, il ne fallait surtout pas oublier la gousse d’ail, la bible, le crucifix et : si t’avais un copain exorciste et qu’il passe dans le coin, fallait lui demander de jeter un oeil, sinon, t’étais mort !!!

Etait-cela, la femme des années 80, à l’aube des « nineties » ?!?

http://www.youtube.com/watch?v=D7dyrq2r2Sk&feature=related

Mais j’avais trouvé la parade, n’ayant même pas fait exprès : j’avais juste besoin d’être moi-même…

N’étant globalement entouré que de dépressifs et suicidaires dans ma vie privée, j’avais trouvé « refuge » dans l’humour et la dérision. Je pense, avec le recul, que c’est ce qui m’a sauvé la vie, en fait ! Cela et la faculté de me réfugier, non en absurdie comme l’ami Michel, mais dans celui des rêves et de l’espoir… Et de la foi qui existait en moi, peut-être ?…

En regardant le fils observer son père au « sourire artificiel médico-légal » bien exposé sur son lit, je me disais qu’en fait, les larmes de la progéniture de mon ami et bienfaiteur ne sortaient que parcequ’il ne s’appitoyait que sur lui-même…

Certains font des bras d’honneur, ce qui est très vulgaire ! D’autres, beaucoup plus poètes, savent faire rimer « révérence » avec « élégance », pour quitter un monde dans lequel ils n’ont plus leur place, car trop sordide !

La cérémonie se déroula comme tant d’enterrements auxquels j’avais participé jusque là, et je vis le cercueil de mon ami disparaitre dans ce fourgon mortuaire, qui l’emportait dans le Sud-Ouest, dans le fief de cette femme qui ne l’aimait pas mais avait porté ses enfants, fruit d’un amour à sens unique…

A suivre…

6 Commentaires à “ Eitghties : du flash-back comme s’il en pleuvait… (8ème partie) ” »

  1. Surtout ne perdre l’envie,l’envie de vivre et d’être sûr que rien n’est perdu,que chaque seconde de vie est un placement pour l’éternité,tellement rentable en multipliant chacune au centuple de certitude d’amour,le divin n’est radin,mais il aime se faire désirer,pourquoi en douter,l’évidence est à portée de conscience,spéculons avec notre présent,le futur saura nous dire que nous avions raison,crions-le aux âmes perdues et qui se cherchent !!!
    A bientôt Jean-Jacques,je ne sais être court !!,mes mots m’emportent.

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  2. canelle49 dit :

    Bonjour JJ,

    Certain diront que le suicide est une lâcheté, je dit moi qu’il faut du courage pour passer à l’acte, on se sent si coupable quand une personne qu’on aime s’en va de cette manière, parfois avec des explications comme pour ton papa de coeur, parfois sans, on se sent toujours coupable, mais avec le temps, j’ai appris que rien ne peut retenir une personne qui n’a plus envie de vivre, helas, la médecine n’a pas de médicaments pour guérir ces gens-là , ne reste plus qu’à accepter leur décision pour ne pas sombrer nous-même dans le desespoir!

    Bisous JJ, pas facile à lire sans laisser couler une petite larme .

    Helene

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  3. CILOU dit :

    L’humour et la dérision pour ne pas sombrer…
    Faire du « social au quotidien… »
    Voir un ami partir….
    La vie en fait, dans toute sa splendeur avec ses hauts et ses bas…mais on s’accroche à cette chienne de vie parce qu’au fond de nous, il y a toujours cette petite flamme qu’entretient l’espoir…Tu es de cette trempe Jean Jacques! TU plies mais ne romps pas! Dans les méandres de la vie tu cherches toujours une issue. C’est à nous de faire en sorte que le chemin vaille la peine! ON laisse les souvenirs derriere nous, on pleure parfois quand ils remontent à la surface mais on continue à mettre un pied devant l’autre…
    Suis toujours accroc, j’attends la suite….
    Je te souhaite une excellente journée! je suppose qu’il pleut chez toi tout comme chez moi! Mais le soleil est en toi! Bise, CIlou

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  4. Salut Chasseur d’images,

    Tu peux être long, ça ne saurait constituer un problème, cet espace est aussi le tien !

    Merci pour ton commentaire…

    Amitiés,

    Jean-Jacques.

  5. Bonjour Canelle,

    Si je te disais qu’il n’est également pas évident d’écrire ceci sans verser une larme, me croirais-tu ?

    Je m’aperçois, en revivant mon passé au travers des écrits, que j’ai pas mal « dérouillé », pourtant je ne m’estime pas malheureux !

    Je me dis que j’ai eu au moins la chance de cotoyer un homme comme Mr Balthazard de son vivant, c’est déjà ça…

    Bisous,

    Jean-Jacques.

  6. Bonjour Cilou,

    Merci pour tout ce que tu me dis !

    La suite est en cours d’écriture (je fouille un peu dans ma mémoire), j’espère la diffuser ce soir…

    Bisous,

    Jean-Jacques.

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